Haïti : un système de santé au bord de la rupture, entre violence et abandon

Alors que la capitale haïtienne s’enfonce dans une spirale de violence sans précédent, la fermeture de deux centres médicaux de Médecins Sans Frontières (MSF) à Port-au-Prince illustre l’agonie d’un système de santé déjà exsangue. Pour une population quotidiennement exposée aux balles, aux viols et aux maladies hydriques, la perte de ces structures médicales n’est pas un simple repli stratégique : c’est une condamnation à mort déguisée. En s’exprimant devant la presse, les responsables de MSF n’ont pas seulement annoncé une fermeture : ils ont tiré la sonnette d’alarme sur l’inhumanité d’une crise oubliée.

Depuis des mois, les centres de MSF à Delmas, Tabarre et Cité Soleil faisaient figure de dernières lignes de vie. Près de 5 000 victimes de violences sexuelles, majoritairement des femmes, ont reçu un soutien médical et psychologique dans ces lieux devenus refuges. La situation est d’autant plus tragique que ces fermetures surviennent alors que les besoins augmentent. Les maladies hydriques se propagent, les blessures par balle se multiplient, et la santé maternelle s’effondre. Chaque jour sans soins devient un jour de trop.

Face à cette détresse, les autorités haïtiennes peinent à réagir, oscillant entre promesses creuses et absence totale de présence sur le terrain. L’abandon ressenti par la population est d’autant plus brutal que la communauté internationale, autrefois moteur d’une aide d’urgence, semble aujourd’hui s’enliser dans l’inaction. Le désengagement de MSF pourrait entraîner un effet domino, décourageant d’autres acteurs humanitaires et accélérant la désintégration du tissu médical haïtien.

Ce drame sanitaire, nourri par l’insécurité, ne peut être relégué aux marges de l’actualité. Il appelle une réponse immédiate, coordonnée et ambitieuse. L’heure n’est plus aux déclarations diplomatiques mais à l’action concrète : corridors humanitaires, protection des structures de santé, renforcement logistique. Car derrière chaque centre fermé, ce sont des milliers de vies qui vacillent — et une société tout entière qui sombre dans l’oubli.

Sewòm Enfo , Redaction