Anthony Phelps : L’adieu au Typographe céleste

Une disparition qui n’est qu’un au revoir
Aujourd’hui, c’est avec une émotion profonde que je m’adresse à toi, Anthony, mon ami de près de soixante ans. Notre complicité, née en 1967 dans l’effervescence créative autour de Mon Pays que voici, a traversé les décennies comme un fleuve impétueux. Tu pars, mais ton œuvre, elle, demeure – vivante, vibrante, essentielle.
Le Poète et sa mission sacrée
Tu as toujours écrit « Poète » avec une majuscule, et pour cause. Ta vie fut une quête permanente de cet absolu poétique que tu définissais comme :
« Ce rituel entre le profane et le sacré, ce corridor entre le connu et l’inconnu, cette porte d’air par laquelle nous passons au travers du miroir. »
Dans cette définition réside toute ta singularité. Tu étais ce « féticheur » des mots, ce « Typographe céleste » qui transcrivait les murmures de l’invisible. Ton engagement militant – pour Haïti, pour la justice sociale – n’était que l’autre facette de cette même quête de vérité.
L’exil et le retour : une désillusion féconde
Tes décennies d’exil au Québec ont été à la fois une blessure et une source de création. Quand tu es enfin revenu, Port-au-Prince n’était plus la ville de ton enfance :
« Un vilain bidonville a pris la place de la montagne […] Même le soleil est nu ! »
Cette désillusion fut cruelle, mais elle libéra ta poésie de ses derniers attachements terrestres. Mémoire en colin-maillard et Moins l’infini portent la trace de cette maturation douloureuse.
L’héritage d’un géant des lettres
Anthony, tu laisses une œuvre qui transcende les frontières. Tes métaphores fulgurantes, ta langue à la fois précise et envoûtante, ton engagement sans faille font de toi l’un des plus grands poètes haïtiens de ce siècle.
Aujourd’hui, alors que ton corps nous quitte, tes mots continuent de résonner. Tu as rejoint ces « replis du silence » que tu chantais si bien, devenu à ton tour ce « liquide ambré » de la divine ambroisie.
Adieu, cher Poète. Ou plutôt : à bientôt, dans la lumière de tes vers.
Anthologie express d’Anthony Phelps
- Été (1960) – Ton premier recueil, déjà marqué par le génie
- Moins l’infini (1973) – L’œuvre du combattant
- Mémoire en colin-maillard (1998) – Le chef-d’œuvre de l’exil
- Mon Pays que voici – L’hymne à une Haïti rêvée
Joseph Ferdinand est écrivain et ami de longue date d’Anthony Phelps. Cet hommage paraît simultanément dans Le Nouvelliste et dans la revue littéraire « Chemins Critiques ».
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