Brutalités policières contre des journalistes : l’IGPNH Nord sur le banc des accusés

Quand l’organe de contrôle banalise la violence et fragilise la liberté de la presse
Cap-Haïtien, 26 janvier 2026 — L’audition des journalistes Herly Milien et Frencely Estimable par l’Inspection régionale Nord de la Police nationale d’Haïti (IGPNH) devait marquer un tournant décisif dans la quête de vérité et de justice après les violences policières qu’ils ont subies le 27 décembre 2025. Elle s’est finalement transformée, selon l’Union des Journalistes du Nord d’Haïti (UJNH), en un nouvel épisode d’humiliation institutionnelle et de déni de droits.
D’après la note de dénonciation publiée par l’UJNH, l’attitude adoptée par les responsables de l’Inspection régionale Nord lors de l’audition est jugée irresponsable, méprisante et profondément choquante.
Au lieu de mener une audition impartiale, rigoureuse et respectueuse, les inspecteurs auraient minimisé la gravité des faits, allant jusqu’à tourner en dérision les journalistes, pourtant clairement identifiés comme professionnels de la presse en plein exercice de leurs fonctions au moment des agressions. Une telle posture, venant d’un organe censé garantir la discipline et l’éthique au sein de la PNH, soulève de sérieuses interrogations sur la crédibilité même du mécanisme de contrôle interne de l’institution policière.
L’Inspection générale et régionale de la PNH a pour mission fondamentale de faire la lumière sur les abus, de protéger les citoyens contre les dérives policières et de renforcer la confiance entre la population et les forces de l’ordre.
Or, en ridiculisant des journalistes victimes de brutalités, l’IGPNH Nord semble avoir pris le contrepied de sa mission, donnant l’impression de protéger les agresseurs plutôt que de rechercher la vérité. Pour l’UJNH, cette attitude constitue non seulement une atteinte grave à la liberté de la presse, mais aussi un signal dangereux envoyé aux policiers fautifs, susceptibles d’y voir un encouragement tacite à l’impunité.
L’organisation rappelle que les journalistes sont protégés par la Constitution haïtienne ainsi que par plusieurs conventions internationales ratifiées par Haïti, lesquelles garantissent la liberté d’expression et la sécurité des travailleurs de l’information.
Aucune institution républicaine, insiste l’UJNH, n’a le droit de banaliser, de justifier ou de relativiser des actes de violence commis contre la presse. Dans un contexte national déjà marqué par l’insécurité et la fragilisation des institutions, de tels comportements institutionnels risquent d’aggraver la défiance entre les médias et les forces de l’ordre, tout en réduisant l’espace démocratique.
Face à ce qu’elle qualifie de dérive inacceptable, l’UJNH :
• Dénonce avec la plus grande fermeté l’attitude de l’Inspection régionale Nord de la PNH ;
• Exige une enquête sérieuse, indépendante et transparente sur les brutalités subies par Herly Milien et Frencely Estimable ;
• Demande des sanctions appropriées contre les agents impliqués et toute autorité ayant contribué à la banalisation de ces violences ;
• Réaffirme son engagement indéfectible en faveur de la liberté de la presse et de la sécurité des journalistes.
En signe de protestation et pour marquer la gravité de la situation, l’UJNH annonce sa décision de s’abstenir de couvrir toutes les activités de la Police nationale d’Haïti dans le département du Nord, jusqu’à ce que l’Inspection régionale fasse preuve de professionnalisme, d’impartialité et de respect envers les journalistes victimes. Pour l’organisation, le silence institutionnel, la moquerie et le mépris face aux violences policières ne feront qu’alimenter un climat d’insécurité et d’instabilité préjudiciable à l’État de droit.
Au-delà de ce dossier précis, l’affaire pose une question fondamentale :
La PNH et son organe de contrôle sont-ils prêts à rompre avec la culture de l’impunité pour protéger réellement les droits fondamentaux ?
En attendant des réponses concrètes, l’UJNH, par la voix de son secrétaire général Hervé Delima, maintient la pression et appelle à une prise de conscience nationale sur la nécessité de protéger celles et ceux qui informent, souvent au péril de leur vie.
duverneguyno@gmail.com
































