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Budget rectificatif 2024-2025 : Entre illusion de redressement et fuite en avant des dirigeants haïtiens

Alors que le Conseil des ministres présente fièrement un budget rectificatif axé sur les infrastructures et la relance économique, l’opinion publique, elle, reste en droit de s’interroger : comment un État aussi dysfonctionnel, gangrené par l’impunité et l’inertie, peut-il prétendre réhabiliter des secteurs entiers du pays sans garantie de transparence, ni vision à long terme ? Derrière les chiffres flatteurs — 28,5 milliards de gourdes pour les infrastructures — se cache une stratégie de communication plus qu’une politique de développement réelle. Car les précédents budgets “ambitieux” ont laissé derrière eux des routes inachevées, des chantiers abandonnés, et une population toujours plus exaspérée.

À force de vouloir donner l’image d’un État stratège et bienveillant, les dirigeants haïtiens occultent l’essentiel : la crise de confiance généralisée. Comment croire à une relance portée par une élite politique souvent accusée de mauvaise gestion, voire de détournement de fonds ? L’argument de la “création d’emplois temporaires” semble davantage un pansement sur une hémorragie structurelle qu’un remède véritable. Les infrastructures, si cruciales soient-elles, ne résoudront pas la misère quand elles sont pensées dans l’opacité, sans participation citoyenne, ni reddition de comptes.

En outre, l’intention d’investir dans les ressources minières et énergétiques pourrait être louable si elle n’évoquait pas de sinistres précédents où les contrats ont surtout profité à des intérêts privés, souvent étrangers, au détriment de l’intérêt national. Le discours sur l’amélioration des services de base, de la justice et de l’accès à l’eau potable ne saurait faire oublier que ces promesses sont répétées depuis plus d’une décennie, avec peu ou pas d’impact mesurable. L’État haïtien semble courir après une image de modernité pendant que la majorité de sa population survit dans un état d’abandon absolu.

En fin de compte, ce budget rectificatif apparaît comme un exercice de style technocratique, conçu pour rassurer les bailleurs internationaux plus que pour soulager les Haïtiens. Si les intentions affichées sont nobles, elles ne sauraient faire oublier l’incapacité chronique de l’appareil étatique à planifier, exécuter et évaluer des politiques publiques efficaces. Ce n’est pas de milliards qu’Haïti manque, mais d’un leadership responsable, intègre et réellement soucieux du bien commun.

Sewom enfo (SE)

Crise de la Justice en Haïti :

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